Devant l’escalier blanc qui montait vers le ciel, sur la pente abrupte qui l’avait amené jusqu’au sommet de la colline, le petit homme s’arrêta, essoufflé. Cela faisait des heures qu’il cherchait la maison que lui avait indiquée le vieux prêtre dans l’église du village.
Il chercha un coin d’ombre où il pourrait prendre un peu de repos, mais rien ne pouvait l’abriter de la chaleur estivale que le soleil au zénith produisait.
La montée
Cela faisait maintenant une éternité qu’il était à la recherche de la vérité sur sa famille. Il n’avait jamais été aussi près du but, il le sentait au plus profond de lui-même, mais cette dernière piste semblait ne le mener nulle part.
Il regarda de nouveau la bâtisse immaculée qui le surplombait et dont il n’apercevait qu’indistinctement le toit, aveuglé qu’il était par la lumière éblouissante, et se décida à entreprendre l’ultime ascension.
Un souffle rauque accompagna ses premiers pas, puis, ayant trouvé son rythme de croisière, sa respiration reprit son débit normal et on n’entendit plus que le choc assourdi des semelles de crêpe de ses chaussures entalonnées.
L'épuisement
Il ne savait pas ce qu’il allait trouver au sommet de ces marches chauffées à blanc, mais il pensait que ce qu’il apprendrait lui serait utile dans la quête de ses origines. Depuis sa plus tendre enfance, il espérait qu’un jour il découvrirait d’où ses ancêtres étaient issus, et aujourd’hui, cet instant tant espéré semblait se rapprocher.
Mais il lui fallait auparavant en finir avec l’épreuve exténuante qui consistait à mettre un pied devant l’autre, toujours plus haut, dans une atmosphère toujours plus asphyxiante.
Plus il montait et plus il lui semblait que le sommet s’éloignait. La chaleur augmentait au fur et à mesure que ses forces l’abandonnaient.
La chute
Au bout d’un temps devenu indéfinissable pour son esprit surchauffé, il perdit complètement la notion de ce qui l’entourait. Son cerveau en ébullition se déconnecta tout à coup de la réalité, affaibli par la fatigue accumulée au cours de ces derniers mois, et il s’affala sur le sol du palier de l’entrée qu’il avait enfin atteint.
Au bout de longues minutes qui lui auraient été interminables s’il avait été conscient, la lourde porte s’ouvrit : un immense vieillard, vêtu d’une toge diaphane, dont la majesté l’aurait impressionné, le regardait d’un air torve derrière son oeil de verre.
L'impossible repentance
Le petit homme, comme transpercé par le regard brûlant de haine de ce barbon spectral, tenta de retrouver son âme. Dans un sursaut de lucidité mesquine, il essaya de se dresser face à l'indicible danger.
Il comprit cependant, mais un peu tard, qu'il avait rendez-vous avec le diable.